LA SAINTETÉ VUE PAR LA REFORME
3- La sainteté, qu’en disent Martin Luther et Jean Calvin ?
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés […] Car nous sommes son ouvrage ayant été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes. » (Éphésiens 2,8-10)
Dans l’édito précédent, nous nous sommes rappelés que lorsque nous ouvrons le Nouveau Testament, nous découvrons que les premiers chrétiens sont appelés « les saints ». Non parce qu’ils seraient parfaits, mais parce qu’ils appartiennent au Christ. Cette manière de comprendre la sainteté a été redécouverte avec force par les Réformateurs du XVIe siècle, notamment bien sûr Martin Luther et Jean Calvin. Leur enseignement garde aujourd’hui encore une grande actualité, car il nous aide à accueillir la sainteté non comme un idéal écrasant, mais comme une promesse et un chemin.
Martin Luther a beaucoup médité sur la question de la relation entre Dieu et l’être humain. Comment un homme, une femme marqués par leurs limites, leurs faiblesses et leurs fautes peuvent-ils vivre devant Dieu sans être écrasés par le sentiment de leur indignité ?
La découverte de Luther est celle de la grâce. Dans l’Évangile, il entend cette bonne nouvelle : Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes devenus saints ; il nous rend saints parce qu’il nous aime en Jésus-Christ. Pour Luther, la sainteté est donc avant tout un don reçu. Le croyant est accueilli par Dieu tel qu’il est. Il n’a pas à présenter un bilan irréprochable ni à prouver sa valeur spirituelle. Sa confiance repose entièrement sur le Christ.
Cette conviction apporte une immense liberté. Elle nous rappelle que notre relation avec Dieu ne dépend pas de nos opiniâtretés religieuses, de la qualité de nos prières ou de notre capacité à toujours faire le bien. Même si nous demeurons des êtres fragiles, parfois contradictoires, souvent imparfaits, Dieu ne cesse de nous appeler ses enfants.
Luther aimait dire que le chrétien est à la fois juste et pécheur. Cette formule peut sembler paradoxale, mais elle décrit assez bien notre expérience. Nous savons que Dieu nous accueille et nous pardonne, mais nous constatons aussi que nous avons encore beaucoup à apprendre, à corriger, à transformer dans notre existence. La sainteté n’est donc pas l’absence de faiblesse ; elle est la confiance renouvelée dans la grâce de Dieu.
« La foi est une œuvre divine en nous qui nous transforme et nous fait naître de nouveau de Dieu » (M. Luther – Préface à l’Épitre aux Romains – 1522)
Jean Calvin, quant à lui, partage cette même certitude. Lui aussi affirme que tout commence par l’amour gratuit de Dieu. Mais il attire davantage notre attention sur ce que cette grâce produit dans notre vie. Car si Dieu nous accueille tels que nous sommes, il ne nous laisse pas tels que nous sommes.
Pour Calvin, l’Esprit Saint agit dans le cœur du croyant pour le renouveler progressivement. La foi ne consiste pas seulement à recevoir le pardon ; elle ouvre un chemin de transformation. Peu à peu, souvent discrètement, Dieu façonne notre manière de penser, d’aimer, de pardonner, de servir et d’espérer. Cette transformation n’est pas spectaculaire, elle demande du temps, de la patience et de la persévérance. Elle connaît parfois des avancées, parfois des reculs. Mais Dieu poursuit son œuvre.
Calvin nous invite ainsi à regarder la sainteté dans les gestes simples de la vie quotidienne : aujourd’hui, ce serait une parole de réconciliation, une fidélité maintenue malgré les difficultés, une attention portée à une personne isolée, un engagement discret au service des autres, une confiance qui demeure même lorsque les circonstances sont éprouvantes. Bref, pour Calvin, la sainteté n’est pas réservée à quelques moments exceptionnels de l’existence. Elle se déploie dans l’ordinaire des jours. « Le Christ ne justifie personne qu’il ne sanctifie en même temps. » (J. Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, III, 16, 1).
Entre Luther et Calvin, il existe donc une différence d’accent. Le premier nous rappelle que nous sommes sauvés par grâce ; le second nous rappelle que cette grâce transforme notre vie. Mais leurs voix ne s’opposent pas. Elles se complètent.
Luther nous protège de la tentation de croire que nous devons mériter l’amour de Dieu. Calvin nous protège de l’idée que la foi pourrait rester sans conséquence concrète. L’un nous parle de la confiance ; l’autre de la croissance. L’un met en lumière le fondement ; l’autre le chemin.
Peut-être avons-nous besoin des deux aujourd’hui !
Nous avons certainement besoin d’entendre que Dieu nous accueille avec nos fragilités, nos doutes et nos imperfections. Nous avons besoin de savoir que son amour précède nos efforts et ne dépend pas de nos performances spirituelles. Mais nous avons certainement aussi besoin d’entendre que cet amour nous met en mouvement. Il nous appelle à grandir, à nous laisser transformer, à devenir davantage témoins du Christ dans le monde.
Nous avons déjà pu le lire dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, mais les deux réformateurs nous répètent chacun à leur manière que la sainteté chrétienne n’est ni une perfection inaccessible ni une simple étiquette religieuse.
Elle est une vie placée sous le regard de Dieu, une existence qui apprend chaque jour à recevoir et à répondre.
Recevoir la grâce. Répondre par la confiance.
Recevoir le pardon. Répondre par la
reconnaissance.
Recevoir l’amour de Dieu. Répondre
en aimant à notre tour.
C’est peut-être ainsi que Luther et Calvin nous invitent encore aujourd’hui à comprendre la sainteté : non comme un sommet réservé à quelques privilégiés de la foi, mais comme la marche humble et joyeuse de celles et ceux qui savent que Dieu les accompagne jour après jour, et qui se laissent peu à peu transformer à l’image du Christ.
Voilà me semble-t-il des mots de
réconfort pour affronter la dureté des temps qui sont les nôtres, mais aussi un beau sujet à même de nourrir nos temps de méditation cet été !
« Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification. » (1 Thessaloniciens 4,3)
Que le Seigneur vous garde, vous et vos proches, dans sa grâce, dans sa paix, dans sa joie !
Pasteur Alain Mahaud