Edito Avril-juin 2026

LA SAINTETÉ DANS LA BIBLE

-2- La sainteté dans le Nouveau Testament : un don avant d’être une exigence

« À ceux qui ont été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints »
(1 Co 1,2)

 

Lorsque nous entendons le mot sainteté, nous pensons le plus souvent à une perfection morale difficile à atteindre, à des figures exemplaires mises à distance de la vie ordinaire et donc de nous. C’est vrai, ce mot peut impressionner, voire décourager ! Pourtant, et à l’instar de l’Ancien Testament (cf. précédent numéro du Lien), le Nouveau Testament en parle d’une manière beaucoup plus proche de nos existences quotidiennes et, d’une certaine façon, beaucoup plus exigeante aussi. Dans le Nouveau Testament, la sainteté n’est pas d’abord un idéal moral à atteindre, mais une réalité donnée par Dieu. Les premiers chrétiens sont appelés « les saints » non parce qu’ils seraient exemplaires, mais parce qu’ils appartiennent au Christ. La sainteté commence donc par l’initiative de Dieu, pas par la performance humaine. Elle est liée à la grâce. Dans la première épitre aux Corinthiens, Paul s’adresse aux communautés en disant :

 

« À ceux qui ont été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints ».

 

Être saint n’est donc pas une récompense pour des croyants irréprochables, mais une parole de confiance adressée à des communautés bien réelles, traversées par les doutes, les tensions et les contradictions. Aujourd’hui encore, la sainteté n’est pas d’abord un objectif à atteindre, mais un don reçu, c’est appartenir au Christ, vivre de sa promesse, se savoir appelé et aimé.

 

Et contrairement à ce que l’on pense souvent, être saint ne signifie pas être mis à l’écart du monde. Jésus lui-même, reconnu comme « le Saint de Dieu », n’a cessé de s’en approcher. Il partage la table des pécheurs, se laisse toucher par les exclus, rejoint celles et ceux que la société ou l’institution religieuse mettent à distance. La sainteté selon l’Évangile n’est pas une séparation protectrice, mais une présence engagée, une manière de se tenir au cœur du monde avec compassion, justice et fidélité. Le mot « saint » (αγιος en grec) peut signifier mis à part, mais jamais mis à l’écart. C’est pourquoi la sainteté n’est jamais une aventure solitaire. Elle n’isole pas, au contraire, elle ouvre à la relation, à la solidarité, au service.

 

D’ailleurs, le Nouveau Testament parle toujours de la sainteté au pluriel : elle se vit au quotidien dans une communauté appelée à aimer, à s’encourager, à se pardonner, à espérer, à porter ensemble ce qui est lourd, résister à la peur et au découragement. « Soyez saints dans toute votre conduite » nous dit l’apôtre Pierre dans sa première épitre. Non pas pour mériter l’amour de Dieu, mais parce que nous vivons de cet amour. Oui, vraiment, la sainteté ne se mesure pas à des exploits spirituels ou à des performances visibles, mais aux fruits discrets de l’Esprit : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance. Autant de signes que Dieu est à l’œuvre, souvent dans la simplicité et la fidélité du quotidien.

 

Comme l’Ancien Testament, le Nouveau Testament est d’une grande lucidité sur la réalité humaine. La sainteté chrétienne se vit dans la fragilité : Pierre renie Jésus, les disciples comprennent mal son message, les premières Églises connaissent des conflits. Et pourtant, c’est au cœur même de ces failles que la grâce se déploie. L’apôtre Paul peut alors entendre cette parole décisive : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ».
La sainteté n’est pas l’absence de limites, mais la confiance renouvelée dans un Dieu qui relève et qui accompagne.

Être saint, au fond, c’est accepter d’être transformé jour après jour. Non pour devenir « meilleur» que les autres, mais être disponible à l’amour de Dieu pour vivre plus librement, plus justement, plus humainement. La sainteté chrétienne n’est pas une mise sur un piédestal ; elle est une vie habitée par la grâce, reçue et partagée, offerte aux autres, une marche humble à la suite du Christ, au cœur de nos existences ordinaires, là où Dieu nous rejoint et nous envoie. Alors, vivons chaque jour sous le regard de Dieu, transformés par son amour, envoyés au cœur du monde.

 

« Comme celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre manière de vivre. » (1 Pierre 1,15)

 

Malgré la rudesse des temps, je vous souhaite, ainsi qu’à vos proches, un printemps heureux et lumineux, avec au cœur l’immense espérance que l’événement de Pâques nous a laissé.

 

Pasteur Alain Mahaud

 

Contact