LA SAGESSE BIBLIQUE
-2- La sagesse dans le Nouveau Testament, une révélation du cœur, un chemin intérieur avec le Christ « Si l’un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu » (Jac. 1,5)
Dans un monde saturé d’informations, où la « connaissance » est à portée de clic, il devient urgent de redécouvrir ce que signifie véritablement la sagesse. Après avoir (re) découvert, dans le précédant numéro du Lien, la sagesse dans l’Ancien Testament, allons (re)voir aujourd’hui ce que nous en dit le Nouveau Testament.
La notion de sagesse, omniprésente dans la littérature biblique, connaît dans le Nouveau Testament une évolution significative, tant sur le plan théologique qu’éthique. Loin de constituer une simple continuité du corpus sapientiel de l’Ancien Testa- ment, la sagesse néotestamentaire se laisse plutôt comprendre comme une relecture christologique des catégories traditionnelles de la sa- gesse juive.
Ainsi, là où l’Ancien Testament voyait la sagesse comme un art de vivre juste, enraciné dans la crainte de Dieu (comme dans les Proverbes ou l’Ecclésiaste), le Nouveau Testament la définit comme une réalité révélée en Jésus-Christ lui-même. L’apôtre Paul, notamment, opère un déplacement radical en identifiant le Christ crucifié à la sagesse divine : « Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, par la volonté de Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Corinthiens 1,30). Cette affirmation, qui renverse les critères de discernement qui avaient cours à l’époque de l’apôtre, inscrit la sagesse dans une logique théologique paradoxale : celle de la croix.
Dans le Nouveau Testament, la sagesse n’est pas le fruit de l’expérience ni de l’âge, mais celui d’un cœur transformé par l’Esprit. Elle est don de Dieu (Jacques 1,5). Elle ne cherche pas à dominer, mais à servir. Elle n’est pas orgueil, mais douceur. Elle n’est pas calcul, mais abandon confiant. Dès lors, cette sagesse se vit plus qu’elle ne s’enseigne. Elle se discerne dans les gestes du quotidien : aimer ses ennemis, bénir celles et ceux qui nous maudissent, pardonner soixante-dix fois sept fois. Redécouvrir la sagesse du Nouveau Testament, c’est accepter d’être enseigné non par les maîtres de ce monde, mais par l’Esprit du Christ.
Ce renversement constitue un choc culturel et intellectuel dans un contexte où la philosophie grecque valorisait la raison et l’élévation intellectuelle. Pour Paul, la sagesse divine se manifeste là où l’homme ne s’y attend pas : dans la faiblesse, dans l’humilité, dans le rejet de toute prétention à l’autosuffisance. La croix devient ainsi le centre d’une sagesse qui révèle une sagesse transcendante, reçue par révélation et non par spéculation.
Pour l’apôtre, la sagesse n’est pas une idée abstraite ni une simple qualité morale. Elle est un chemin de transformation intérieure, un appel à entrer dans le regard même de Dieu sur le monde, sur l’autre, et sur nous-mêmes. À la différence de la sagesse humaine, souvent fondée sur l’expérience, la prudence ou le calcul, la sagesse biblique, et plus encore celle révélée en Jésus-Christ, se reçoit comme un don.
L’épître de Jacques nous en donne un portrait lumineux : « La sagesse d’en haut est d’abord pure, ensuite pacifique, indulgente, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits» (Jacques 3,17). Voilà le fruit d’une vie unie à Dieu : une sagesse qui apaise au lieu de diviser, qui guérit au lieu de blesser, qui élève sans écraser. Cette sagesse, chacune et chacun de nous y est appelé. Non comme un idéal inaccessible, mais comme un chemin de vie en Dieu. Elle grandit dans le silence, dans l’humilité, dans les choix quotidiens faits avec foi. Elle mûrit dans l’épreuve, dans le pardon, dans la confiance.
Alors que notre monde valorise la performance, la rapidité et la maîtrise, l’Évangile nous rappelle opportunément ce beau message, alors que nous sommes dans le temps de l’Avent, que la vraie sagesse est souvent faite de prise de distance, de lenteur, de vulnérabilité, et de paix profonde. Elle ne cherche pas à avoir raison, mais à aimer en vérité. Puissions-nous, chaque jour, demander cette sagesse d’en haut, celle qui vient de Dieu, et qui fait de nous ici-bas des artisans de son Royaume.
A chacune et à chacun, bon temps de l’Avent et bonne et joyeuse fête de la Nativité. Réjouissons-nous, Dieu se rend présent !
Pasteur Alain Mahaud