LA SAINTETÉ DANS LA BIBLE
-1- La sainteté dans l’Ancien Testament « Vous serez saints, car moi, je suis saint » (Lévitique 19,2)
Dans la Bible, il y a des mots qui font peur parce qu’ils semblent nous parler d’un temps révolu, parce qu’ils ne semblent pas pouvoir « coller » avec notre époque si technologique, si bruyante, si rapide. Et parmi ceux-ci se trouve le mot sainteté. Je vous propose dans cet édito de regarder ce qu’en dit l’Ancien Testament. Puis, dans les prochains numéros, nous lirons, sur ce sujet, le Nouveau Testament et nous irons voir comment Martin Luther, puis Jean Calvin en parlaient. Allons-y, ne craignons pas de parler de sainteté !
Le mot sainteté peut nous mettre, c’est vrai, à distance de lui-même, voire mal à l’aise. Il évoque tellement une perfection inaccessible, une exigence morale trop élevée, ou encore une forme de piété réservée à quelques figures réputées exemplaires. Pourtant, dans l’Ancien Testament, la sainteté est d’abord une bonne nouvelle … pour nous ! Elle parle d’un Dieu qui s’approche, qui appelle et qui fait vivre.
La Bible hébraïque affirme avec force que Dieu est saint. Sa sainteté dit qu’il est autre, libre, insaisissable, qu’il ne se confond ni avec le monde ni avec nos représentations. Elle exprime la transcendance de Dieu, sa liberté, sa gloire, mais aussi son mystère : on ne le possède pas on l’accueille. Devant ce Dieu- là, comme le prophète Ésaïe (Saint, saint, saint est le Seigneur de l’univers – Ésaïe 6,3), l’être humain découvre à la fois sa petitesse et sa vocation.
Et ce qui est remarquable dans l’Ancien Testament, c’est que la sainteté n’est jamais une qualité que l’on posséderait par soi-même. Rien n’est saint en soi. Ni les lieux, ni les objets, ni les personnes ne sont saints par eux-mêmes. Ils le deviennent parce que Dieu les appelle. Le buisson et la terre sur laquelle il se trouve dans le désert devient saint parce que Dieu s’y rend présent. Le sabbat devient saint parce que Dieu y inscrit son repos. Le peuple d’Israël est dit saint non parce qu’il serait exemplaire, mais parce que Dieu l’a choisi et libéré. La sainteté est toujours relationnelle : elle naît de la rencontre avec Dieu : est saint ce qui est mis à part pour Dieu et relié à sa présence. La sainteté est donc un don avant d’être une exigence.
C’est dans ce contexte qu’il faut entendre cette parole du Lévitique : « Vous serez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » Il ne s’agit pas d’une injonction écrasante, mais d’un appel à vivre en cohérence avec l’Alliance. Être saint, c’est apprendre à vivre autrement parce que Dieu nous a fait sortir de l’esclavage, parce qu’il nous a donné une dignité et une liberté.
Contrairement à une vision purement rituelle, l’Ancien Testament relie étroitement sainteté et vie quotidienne. En cela, la sainteté dans l’Ancien Testament est profondément concrète et éthique.
Elle doit se manifester dans des actes simples : dire la vérité, rendre la justice, protéger les plus faibles, marcher humblement avec Dieu. La sainteté que Dieu désire n’est pas une pureté isolée du monde, mais une vie tournée vers les autres, habitée par la fidélité et la compassion. Ici et maintenant !
Au-delà de nous, peut-être est-ce là une parole précieuse pour nos Églises aujourd’hui. La sainteté n’est pas un idéal réservé à quelques-uns, ni une perfection à atteindre. Elle est un chemin, ouvert par Dieu lui-même, à chacune et à chacun, au cœur de nos vies ordinaires. Un appel à nous laisser mettre à part, non pour nous éloigner du monde, mais pour y vivre autrement, à la lumière de l’Évangile.
Bien sûr, l’Ancien Testament ne cache rien des fragilités humaines … le peuple appelé à la sainteté se détourne souvent, oublie, résiste. Mais là encore, la sainteté de Dieu se manifeste non dans l’abandon, mais dans sa patience, son pardon et l’espérance renouvelée.
Alors, vraiment, n’ayons pas peur du mot sainteté ! Car la sainteté n’est ni une pureté élitiste ni une morale parfaite. Elle est l’appel d’un Dieu saint qui met à part, libère et invite son peuple à vivre autrement : dans la justice, la fidélité et la confiance.
« Jacob se réveilla et se dit : c’est certain, l’Eternel est dans cet endroit et moi, je ne le savais pas ! » (Genèse 28,16)
Pasteur Alain Mahaud